Community Manager VS Nettoyeurs du Web

Publié par Antoine le juil 13, 2010 dans Debats | View Comments

Si Bob se présente à vous sous cette forme : « Salut, je suis nettoyeur ». Deux choses l’une, soit vous pensez à Léon ou au Crying Freeman en la personne de tueur à gage, soit vous pensez aux deux nanas qui font du ménage sur TF1. Au milieu des deux, il n’y a pas Joséphine mais bien de véritables nettoyeurs numériques, qui vont assassiner votre ancienne vie afin de faire le ménage, faire de vous une personne ou une société plus propre. C’est le côté sombre des fabricants de réputation numérique, le pouvoir obscure. Oui nous avons pas mal fait de trucs moches, oui nous exploitons nos employés et oui si vous pouviez fermer vos gueules ce serait bien. Classe. Cette approche prône l’aliénation mentale de l’individu par l’asservissement du droit d’expression au motif que l’image d’une entreprise, même dans sa pire expression, serait plus importante.

D’un autre côté, il y le community manager, celui qui va, en gros, animer une communauté pour en faire des évangélistes de la marque, même si ce terme fait penser à un gourou animant une bande d’illuminés, ce qui n’en est presque rien (oui car il y aura toujours des acharnés). Oui nous avons pas mal fait de trucs moches, oui nous exploitons nos employés et oui nous sommes prêt en discuter et à nous améliorer. Classe. Cette approche se base sur le respect d’autrui et va confronter l’entreprise à une réalité qui ne serait pas virtuelle mais bien réelle, sorte de retour client en grandeur nature, à condition d’effectivement apporter des amélioration sinon c’est oui oui mais non.

Ce sont deux philosophies différentes, la première qui cherche avant toute chose à noyer un poisson (ce qui est très dure quand on y pense) en utilisant un bon coup de dynamite, la seconde qui s’appuie sur une communauté pour bâtir son image. Pour vulgariser s’affronte la démocratie de l’échange contre la dictature de l’apparence.

Au final, l’objectif étant de sortir tout beau sur les moteurs de recherche, mais également d’influencer les probables échanges réels et virtuels qu’on ne saurait voir ou entendre.

1 – Les Nettoyeurs du Web, enfants de Don Quichotte ?

Le nettoyeur du web est un Don Quichotte version moderne qui va se battre contre des éoliennes (plus moderne). Sa méthode ? Identifier les sites négatifs,  demander le retrait des contenus ou du moins  masquer le nom de la marque, envoyer des avocats quand il y a refus, voir dans le pire des agences, craquer les sites morts sans personne aux manettes (mais bon personne ne le fait hein ho). Un peu comme dans l’émission C Du Propre, il va tenter de faire partir la crasse, sans pour autant réussir à tout récupérer, et lorsqu’il reviendra plusieurs mois après, rien ne dit qu’effectivement de nouvelles saloperies seront apparues.

Le web est social, tout internaute est un producteur de contenu et potentiellement un enragé en puissance. Dans un article de Le Monde (ou du Monde), on nous apprend la triste vie d’un gentil trafiquant d’arme qui depuis s’est mis au vert, vu qu’il a monté une usine de biocarburant (je sais la galéjade était facile). Résultat, on appelle Denise et Simone pour nettoyer tout ça sauf que …

L’une des affaires impliquant « M. Lambert » fut évoquée lors d’une enquête parlementaire, dont le compte rendu reste publié sur un site officiel. Par ailleurs, des blogueurs militants, qui ont republié certains articles et rédigé des commentaires, refusent de les effacer, et s’insurgent contre cette forme de censure.

Oui parce que vous aurez beau nettoyer, si un consommateur n’est pas content, il trouvera bien le moyen de le faire savoir. Mais bon, pas de panique, on veille sur les moteurs de recherche que le pigeon client ne s’est pas manifesté.

Ah oui, comme Google est mon ami, je pense que si jamais le site qui incrimine mon entreprise ou mon commerce disparait je serais blanchis. Perdu. Car dans le cas d’une recherche générale sur un ensemble de sociétés dans une zone de chalandise (genre des restaurants), il y aura toujours des forums, ou des sites dédiés … et là allez y pour ne laisser que les avis positifs. Ces dernier perdraient en crédibilité, ils n’auraient par conséquent aucune raison de se plier à la volonté du monsieur aux lunettes noires :

Oui car le nettoyeur agit avant tout sur le nom, et sur le moteur de recherche. Hors le web est social, l’internaute presque intelligent (faut pas charier non plus), il comprend le fonctionnement du monde dans lequel il évolue et commence à savoir où chercher de l’information crédible et surtout dispose de communautés qui vont lui répondre rapidement, de manière impartiale.

Je le dis, je le répète, mais je suis certains que l’avenir de la recherche sur Internet sera, sans nul doute sémantique, mais surtout basé sur une interaction avec nos communautés et leurs recommandations. Ainsi, pouvons nous imaginer voir un jour un résultat de ce type :

Où ils seront les nettoyeurs du web dans une recherche qui change de visage selon les communautés ? Il faut que vous compreniez que dans tout état fasciste (attention, fasciste c’est italien, je ne parle pas de nazisme pour éviter le point Godwin ) on a toujours essayé de faire taire les voix dissidentes mais qu’elles ont continué de raisonner dans les abimes relationnelles (regardez les fondements de la résistance). Hors, dans un contexte de recommandation social, à moins de vous transformer en policier et de porter plainte partout et contre tout le monde (et encore vous ne saurez probablement jamais ce qui se dit réellement de vous),  je ne vois pas ce qui pourrait vous permettre d’agir et d’influencer sur cette communauté. Pensez futur, soyez in !

Effacer ses traces c’est faire abnégation des revendications, des attentes des clients et c’est surtout faire une sorte de censure, et ça les internautes, il n’y a rien de tel pour les mettre encore plus en rogne lorsque qu’on les recommandera. Cela me rappelle mon ancien logement, une énorme poutre avait traversé le plafond de mon voisin, manquant de le tuer, car l’immeuble était vétuste. Résultat : le syndic a repeint la cage d’escalier. C’est exactement ça, vous changer la forme, mais pas le fond. Vous jouez sur du technique et ne prenez en compte le facteur humain. Vous bâtissez une splendide cathédrale à votre gloire dont la charpente, vos clients, menace de s’effondrer car vous n’aurez pas pris en considération le problème.

Comme le rappelle Camille dans le cadre de l’Affaire Libération :

cela démontre d’une part que le « nettoyage » est impossible, mais aussi que les internautes ont leur propre mémoire (organique).

Une mémoire organique … car il n’y a pas que google, il y a réellement une conscience collective. C’est beau de jouer sur le technique, dans un web collaboratif où de plus en plus le poids de sa communauté a une importance dans l’acte. C’est oublier que l’individu dispose d’un truc incroyable que l’on appel mémoire c’est se tirer une balle dans le pied. Car à force de nettoyer à tout va, on a vite fait de se dire qu’on est à l’abri, ce n’est que technique.

Pour finir, je reprendrais cette citation de Spintank qui va jusqu’à appeler ça un attrape gogo:

Les mesures techniques, dans un univers où l’expression personnelle en réseau, et la volumétrie de publication de contenus est souvent, sur une entreprise, une marque, extrêmement abondante, très mouvante, croire que l’on peut résoudre la problématique de la trace numérique de la réputation de cette entité par de simples mesures techniques est une illusion, ou pire encore. Un attrape gogo, un surf sur une peur, l’entretien de l’ignorance par une illusion techniciste.

Pensez bien à cela. Oui vous allez pouvoir effacer de nombreuses traces et enfoncer le tout dans le fond du web. Mais lorsque l’on enfuit trop d’ordures en se disant on verra plus tard, c’est prendre le risque que ces dernières ne jaillissent dans un geyser d’insultes et de propos négatifs, se rependant tels du lisier dans le firmament obscure du web sociale là où une simple approche crédible et ouverte aurait pu amener un vrai dialogue.

2 – Le Community Manager, une personne cool

Le community manager, c’est Paul Le Poulpe, le gentil céphalopode aux milles métiers en un. Capable d’anticiper ou de s’adapter aux situations, le stagiaire community manager est un de ces nombreux néologisme que les gourous du web nous ont gentillement pondu sans nous livrer de notice. En fait, community manager, ce n’est pas qu’un type qui anime une communauté mais bien un ensemble de corps de métiers en un au service de la communication social de l’entreprise. Un jour on trouvera une définition crédible, mais là pour l’heure …

A l’inverse du nettoyeur, le community manager va lui façonner l’image de l’entreprise sur du long terme en s’appuyant sur les autres et sur leurs retours. A une attaque sur un site tiers, il répond de manière transparente et argumentée, pouvant faire appel à des forces tierces déjà présentes dans l’entreprise (comme un responsable produit) et si l’attaque se fait sur son territoire (ses réseaux), il pourra, si il a bien fait son job, compter sur sa communauté pour apporter de l’eau à son moulin.

C’est une approche sur le fond. Le community manager est une personne au service des autres, là où le nettoyeur du web asservit son prochain. En mettant en avant sa communauté au delà du produit, en l’écoutant et en agissant en fonction, il va construire une réputation numérique multi facettes, une approche beaucoup plus crédible car elle ne sera pas que technique mais  jouera sur la mémoire organique, sur les émotions, sur l’engagement et par conséquent l’inscrira sur du long terme. Etre à l’écoute de ses clients est primordial dans la façon dont ces derniers vont appréhender la marque et vont partager ce sentiment.

En terme de nettoyage de données litigieuses, l’utilisation des réseaux sociaux devrait produire le même effet que les obscurantistes, à savoir le fait de rendre moins visibles les contenus pouvant ternir l’image et de faire remonter des informations pertinentes et maîtrisées (blogs, compte twitter, images flickrs). Cependant, à la différence du premier, cette méthode repose sur la constitution d’une communauté, prendra donc plusieurs formes et plusieurs visages,  et jouera ainsi sur deux tableaux, le technique, mais également l’oganique, ce qui permettra de désamorcer une partie de l’animosité ambiante en laissant ouverte une tribune aux usages.

Car l’avenir du web, comme je le disais et comme je le vois, sera basé sur une relation  sociale guidant l’internaute dans les méandres de l’information fast food de plus en plus artificielle. Je cherche un restaurant, quels sont ceux plébiscités par ma communauté et pas ceux qui auront réussi à payer un référenceur ?

N’oubliez pas, dans le cadre de plus en plus d’actualité de la vie privé sur internet et de sa protection, ces données n’apparaissent pas dans les moteurs de recherche. Comme les blagues à deux francs zizou que l’on partage avec ses amis sur Facebook pour peu qu’on ait actionné les bon leviers de la confidentialité. Ces échanges du type « n’allez pas là ce sont des  » touchent une partie de la clientèle et sont la partie sous marine de l’iceberg. L’adage « un client mécontent c’est 10 de perdus » se transformant en « un client mécontent c’est une communauté de perdue », soit presque 10 fois plus. A réfléchir donc. Le manager de communauté lui va pouvoir communiquer avec les clients pour leur faire voir un autre aspect, améliorer l’image et par conséquent influer sur une partie de ces recommandations sociales (normalement si il est pas trop mauvais) (oui car vous n’arriverez jamais à changer tous les avis faut pas se voiler la face).

C’est cette donnée qui est essentielle et souvent oubliée, le facteur humain. Comme le souligne Documental :

Il faut montrer qu’on écoute les internautes tout en reprenant la main sur ce qui se dit sur la marque.

Conclusion

L’entreprise doit comprendre qu’il existe et qu’il existera toujours des arguments négatifs sur son nom. Il faut traiter le fond et non la forme, c’est essentiel. Le fond, c’est la façon dont les consommateurs perçoivent la marque, la forme, c’est la manière dont ils s’expriment. Par exemple, devant la montée d’un ras le bol de ses clients, Dell a carrément mis en place une plateforme pour centraliser le tout et répondre aux préocupations, ce qui a marché. La clé du succès d’une réputation numérique crédible réside dans la façon dont les internautes l’appréhendent, pas dans la manière dont l’entreprise cherche à se placer. Le nettoyeur est un cache misère, il ne s’attaque pas réellement au problème, il ne fait que l’effacer, ce dernier demeurant endormi jusqu’au jour où …Le community manager lui va répondre aux attentes en analysant le besoins, voir en faisant intervenir certaines forces. Dans de nombreuses entreprises, ce sont les salariés qui jouent ce rôle, dans la mesure où il peut y avoir une segmentation des cibles (clients directs, fournisseurs …). Dans tous les cas, il faut répondre aux demandes et non pas les cacher, cela ne fait que créer de la frustration et par conséquent une volonté encore plus grande de s’exprimer par des chemins de traverse, comme sur Facebook ou sur des forums. De même, généralement la censure est plutôt mal vécue, aussi dans le cadre d’une demande de destruction d’un article ou d’un sujet, nombreux seront ceux qui refuseront. L’utilisation d’un avocat ne faisant, évidemment qu’entraîner l’entreprise sur les falaises friables d’une contestation forte et massive.

Dites vous cela : dans votre commerce, votre entreprise, si un client vient se plaindre, lui demanderez vous d’aller voir sur le parking si vous y êtes car il fait désordre ?

L’entreprise doit comprendre qu’à partir des réseaux sociaux et de ses communautés ils vont pouvoir se bâtir une véritable réputation numérique, cette dernière venant largement concurrencer le métier de nettoyeur au titre qu’elle va faire ressortir des contenus maîtrisés et argumentés. Au delà de faire apparaitre une image crédible, on va pouvoir avoir un retour des attentes et des points négatifs à corriger de la part de consommateurs. C’est très important de prendre en considération cette nuance.

Par conséquent, mon conseil, évitez les cabinets de nettoyage et bâtissez vous une communauté crédible sur laquelle vous pourrez vous appuyer.

Deux approches donc :

Nettoyeur : court terme et attaque la forme

Community Manager : long terme et attaque le fond

A vous de choisir !

  • http://www.dilannokaze.fr/ DilanNoKaze

    Assez d’accord sur la façon de faire du Community Manager. Plutot que de « cacher » les choses, autant les justifier, voir même de les améliorer dans le futur. Le CM doit avant tout être à l’écoute de sa communauté, a l’inverse du « nettoyeur » qui la censure .

    Très bon article en tout cas, bon travail !

  • http://friendfeed.com/sylvainpaley SylvainPaley

    Community manager vs Nettoyeur du web

    This comment was originally posted on FriendFeed

  • http://www.discodog.fr Nettoyeur du web

    Bravo ton article est exceptionnel sur le sujet, c’est le plus aboutie que j’ai lu à ce sujet.

  • http://www.cyroul.com Cyroul

    Bel article. Mais hélas déjà utopique.

    Nous sommes dedans, et les marques qui ont intégré la logique du CM, ont également vite compris qu’il devait devenir nettoyeur.
    D’ailleurs il le fera de lui-même doucement, sans en avoir l’impression. Il glissera vers le côté obscur. Pourquoi ? Mais pour assurer sa pitance (car son employeur regardera les résultats, et pas sur du long terme), et aussi pour se simplifier le travail.
    Si il est bon, il fera ça sans que ça se voit. Si il est mauvais il se prendra éventuellement un retour de bâton néfaste.

    Je suis peut-être un peu cynique, mais je soutiens que la frontière entre l’influence et la conversation est souvent inexistante dans les prestations actuelles…

  • http://www.blog-interaction.fr Jean

    Merci pour cet excellent article, il n’y a pas grand chose à rajouter.
    Une chose peut-être: avant même de penser community management, il faut simplement respecter les gens avec qui on travaille, clients, employés ou partenaires et améliorer sans cesse son offre.
    Le travail du community manager en sera d’autant plus simplifié.
    Et quand il y a une critique, une simple réponse de l’entreprise peut réparer beaucoup de dégâts.

  • Antoine

    @DilanNoKaze : Merci :) C’est vrai que la notion de futur est une donnée fondamentale. Il vaut mieux prévenir que guerrir

    @Nettoyeur du web : vue votre nom, je ne sais pas trop si il y a de l’ironie :)

    @Cyroul : je pense sincèrement que le Community Manager doit également « éduquer » son entreprise sur les pratiques d’un internet que l’on pourrait qualifier d’éthique. Dans le cadre de mon travail, j’ai clairement expliqué à la mienne les enjeux d’une entreprise « propre », qui ne cherche pas la censure. Dans bien des cas, expliquer pourquoi l’on va refuser d’effacer les traces pour mieux construire une image de transparence avec de bons arguments peut éviter à l’entreprise de tomber dans le côté obscure.

    @Jean : effectivement. J’ai travaillé pour une entreprise dont les employés se cassaient sur un cycle d’environ six mois (j’étais en stage, et un copain a fait le même six mois après donc bon). Pour exemple, le patron arrive un vendredi soir vers 18h alors qu’on l’avait pas vu de la semaine, en shot et en chemise hawaienne, bronzé, vient nous dire qu’il a repéré une faute d’orthographe sur le site d’un client, et nous balance un « heureusement qu’il y en a qui bosse ici » … Le respect d’autrui est une donnée fondamentale autant dans la vie réelle que dans la vie numérique. De même, les employés sont généralement les premiers à « saloper » une réputation numérique, comme le rappelle le cas de Domino’s Pizza.

  • Laurent Maury

    Merci pour cet article. Je suis toujours stupéfait de constater que la plupart de mes clients imaginent pouvoir profiter d’une sorte d’aura numérique qui prendrait racine dans les arcanes mystérieuses du Web, grâce au pouvoir non moins mystérieux d’un Community Manager, Traffic Builder ou autre e-Brand Manager. J’ai beau tenter de leur expliquer, en agrémentant mon modeste propos d’exemples vécus ou simplement lus (parfois sur le Web, sorte de réification fonctionnelle presque inquiétante), nombreux sont ceux qui persistent à croire qu’un individu talentueux peut soit contrôler, soit embellir, soit magnifier une marque. Les affirmations dans ce domaine de certaines agences, même les plus réputées, qui n’hésitent pas à quantifier les fruits indubitables de leurs efforts sont légion. J’ai récemment démontré à un client dubitatif le danger qui résulte de l’aspiration (crawling) violente de commentaires d’utilisateurs concernant un restaurant, un produit, une marque… afin de produire le merveilleux nuage de tags (tag cloud) avec mise en perspective dans le temps, et analyse automatisée de sentiment : au sujet de votre restaurant, produit ou marque, voici ce que les « vrais gens » affirment. C’est joli, un petit coup d’Exalead ou d’un quelconque crawler, quelques lignes de code bien senti et le tour est joué : le Directeur de la communication détient un outil imparable de mesure et d’appréciation de notoriété.

    La réalité est bien différente et infiniment plus complexe. D’une part, l’honnêteté des sites qui publient des avis d’internautes sur un produit ou une marque doit être jaugée ; surtout lorsque ces avis sont assujettis à une modération dont les règles ne sont pas clairement définies dans les conditions générales d’utilisation du site. Faites l’expérience sur l’un des trois sites soi-disant référents dans le domaine de la restauration à Paris. Postez donc une contribution, parfaitement rédigée, qui ne viole pas la netiquette, mais qui dise un peu de mal d’un établissement qui achète quelques bannières de publicité sur ledit site ; votre contribution ne sera sans doute jamais publiée. D’autre part, je connais moi-même de nombreux étudiants en journalisme, communication ou marketing qui arrondissent leurs fins de mois en publiant de « bonnes » contributions dans des sites dûment sélectionnés par leurs clients afin de vanter avec intelligence les mérites de tel produit ou de tel service. Le comble du raffinement consistant même à singer l’indigence littéraire moyenne des contributeurs « réels » à l’orthographe douteux du style SMS, voire à dire du bien d’un produit phare tout en concluant par une incise plus que positive sur le produit qui fait l’objet de leur rémunération.

    Figurez-vous que certaines écoles enseignent déjà ce genre de pratiques, considérées par les experts du e-domaine comme un métier d’avenir à part entière. A quand un Master en « fake user generated content » ?

    Il n’en reste pas moins vrai qu’une bonne stratégie de communication doit posséder sa déclinaison virtuelle et qu’il est plus que judicieux de confier l’exécution de celle-ci à des individus informés et compétents. D’expérience, le Web pour qui sait l’utiliser à bon escient constitue une chambre d’écho redoutable, un remarquable accélérateur potentiel de notoriété, avec pour condition sine qua non que le fond du e-message véhiculé ne soit pas mensonger.

    Bien entendu, ces lapalissades pourront sembler bien fades aux experts de ce forum. Pourtant, nous sommes nombreux à devoir convaincre nos clients que la vraie magie du Web relève de sa nature propre et non d’un quelconque mythe que certains « marqueteurs » sans scrupule tentent de nous faire avaler.

    Laurent

  • http://blogwebmarketing.wordpress.com Yvain Ducrocq

    Ca me rappel un peu un de mes articles appelé « community ménageur » , en tout cas je suis dans l’ensemble d’accord avec toi , article tres sympa

  • Antoine

    @Laurent : en fait il faut comprendre que je ne dis pas « il faut absolument un community manager » mais bien « mieux vaut un community manager qu’un effaceur », ce qui est différent. Je suis d’accord pour dire que toute entreprise n’a pas pour vocation a faire appel à un community manager, de même que toute entreprise n’a pas de réel besoin de se positionner sur tel ou tel réseau social, tout cela fait partie de la mythologie du web (Dell, Starbucks). Cependant, si l’entreprise venait à créer un poste, car je pense qu’il vaut mieux interner qu’externaliser cette fonction, elle aura un choix à faire, et le community manager peut être une solution pérenne.

    De même on va, je pense, arriver un jour et on commence à le voir à un internaute intelligent, qui va comprendre et appréhender les pratiques du web. C’est vrai qu’un commentaire sur un restaurant tout mignon et bien écrit peut paraître louche.

    Avec l’arrivée des recherches sociales basées sur les recommandations comme je le disais, je pense que les internautes pour l’avis d’un restaurant ou tout autre commerce feront plus appel à leur communauté dans un futur proche pour savoir ce qu’il en vaut. Dès lors, à moins de demander à ces étudiants de se faire ami avec votre zone de chalandise, ce sera un peu mort de pouvoir influencer sur l’image.

    Après, au delà du CM, il y a toute la mythologie des médias sociaux qu’il faut démystifier :)

    @Yvain : Yes !

  • http://www.leelh.com Kanjy

    Merci pour cet article. La censure est la pire des choses lorsque l’on parle de e-réputation. Je suis entièrement d’accord avec vous en ce qui concerne la transparence dont le Community Manager doit faire preuve. Il est le membre de la communauté dans les bureaux de la marque !

  • http://www.blueboat.fr/e-reputation-et-referencement-cerveau-gauche-et-cerveau-droit/ E-réputation et référencement : cerveau gauche et cerveau droit ? | BlueBoat : E-reputation

    [...] Images : referenceme.com et Antoine Dupin [...]

  • Pedro

    Bonjour,

    Je pense que les deux approches sont complémentaires. La nuance que je souhaiterais apporter, c’est qu’il n’y a malheureusement pas que des gentils internautes qui s’expriment sur les blogs, les forums ou autres. Le coup du loup déguisé en mère-grand c’est connu depuis l’histoire du petit chaperon rouge. Les sociétés qui attachent des casseroles au dos de leurs concurrents existent vraiment; quand on connait les mentalités, est-ce si étonnant?
    Comment faire une communication efficace si on se traine des mots-clés comme « escroc », « voleur » dans les suggestions automatiques de Google ou des agrégateurs (par exemple)? – C’est à mon sens là qu’est le vrai travail des nettoyeur… car on aura beau faire toute la com positive (droit de réponse,justifications, mea culpa etc) qu’on veut, la majorité ne retiendra qu’escroc.
    Cela n’enlève pas le poids de ce que dit l’article sur le brave consommateur piégé et réduit au silence, bien-sûr… à lui de se faire entendre d’une manière ou d’une autre, et s’il le souhaite il le fera… Internet n’est pas le seul endroit pour cela.
    Pour moi donc, les deux professions sont distinctes et complémentaires; on pourrait même considérer que le nettoyage est un outil d’appoint du community manager, nettoyer la forme avant d’attaquer le travail de fond.
    Voilà, je m’arrête là.
    PS: J’ai aimé l’article sinon…

  • http://www.spherik-music.com ArnoldB

    J’ai eu l’occasion dans ma courte vie professionnel d’être a la fois CM et Nettoyeur pour un grand compte acteur majeur du web français. JE ne serai pas aussi categorique que toi Antoine sur l’aspect nettoyage.

    Non on ne pourra jamais tout enlever, mais ouui, on peut nettoyer « proprement » (haha) c’est à dire en valorisant la démarche auprès des é&metteurs de contenus négatifs voire diffamants ce qui je le rappelle est illégale.

    Il y a des bases juridiques très précises sur la publication de contenus online. On ne peut pas tout dire sur le web à l’instar de la place publique. La limite étant les insultes et la diffamation.

    Donc je suis convaincu, pour l’avoir allègrement expérimenté, que dans le cadre d’une stratégie e réputation le nettoyage doit avoir sa place. C’est pour moi partie intégrante du Community Management.

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