Il y a de cela peu de jours, alors que je me promenais sur Twitter, je rencontrais un journaliste qui demandait si quelqu’un avait quelque chose à dire sur cette douce loi de l’anonymat sur le web proposé par ce formidable sénateur Mr Masson en quête de publicité gratuite. Ce fut assez drôle, à peine avais je dis oui, je reçu une demande de téléphone par Twitter, et moins de 5 minutes après, je me trouvais en direct sur France Info … Vous me connaissez, moi et les radio ou podcast, c’est un peu du grand n’importe quoi, même si je m’essaie à donner du mieux, le stress, le format, je ne sais quoi, me plongent dans une abîme de tristesse intellectuelle, déjà que le niveau n’est pas très haut diront certains. Au passage, je ne trouve aucune archive de ma précieuse intervention, je pense que France Info a du la bruler, ils ont eut bien raison.
Mais voilà, il y a la plume. Et si sur ce coup, comme sur beaucoup d’autre dans ce genre de formats, je me suis rétamé un peu, (pour ceux qui veulent rire allez sur les podcasts de PixoJob et vous verrez), j’avais envie de donner le ton par une meilleure réflexion, plus poussées, plus aboutit, avec un peu plus de temps. Histoire que ceux qui m’ont écouté dans la voiture, et qui ont eut le temps de lâcher des mains le volant pour extirper d’une glauque boite à gant le crayon qui leur permettrait de noter l’adresse de mon blog, tout en évitant évidemment la gentille mère grand à vélo à l’aide de genoux difformes mais pas le platane dans toute sa forme, puissent comprendre qu’au final je peux être loin d’être con, enfin j’espère.
Je remercie tout de même France Info qui a eut le courage de me passer à l’antenne, ce fut une bonne expérience, pour moi en tout cas. Et je m’excuse pour les auditeurs qui ont du rien comprendre.
1 – Bloguer anonymement, pourquoi le sénateur a faux ?
Le sénateur a faux pour une simple et bonne raison : parce que d’un côté il y a le professionnel, et de l’autre personnel. Mais évidemment, ceci est la première et la meilleure raison. Dans un contexte de name Googling, il n’est pas impossible qu’un patron, un collègue, un client voir un concurrent tombe sur un blog en desacord avec l’idéologie de l’entreprise, ou qui relate une journée type au boulot et parle de ses conditions épouvantables.
Pour rendre à César ce qui est à Flavien, je vais reprendre quatre points essentiels justifiant un anonymat sur les blogs :
- Un contenu polémique
- La recherche d’un nouvel emploi
- Une incompatibilité avec son statut
- La timidité
Que le sénateur Masson se rassure, contenu polémique ne rime pas avec diffamation, mais bien exprimer une opinion qui n’irait pas forcément avec sa position. Comme par exemple un blog politique, comme le rappelle Flavien, qui généralement peut apporter conflit avec une direction. On peut également imaginer un féru de 4×4 travaillant pour une entreprise liée aux energies vertes, rien n’est impossible. Un contenu polémique n’est pas forcément un contenu qui va à l’encontre de loi mais bien qui rentre dans un autre cadre que celui que l’on souhaiterait se voir approprié pour des raisons soit professionnel soit personnel.
Tout comme le rappelle Flavien, il exite également une polémique autour de son statut. Maître Eolas, avocat blogueur, parle de ses affaires et les analyses pour mettre la loi dans un contexte, et ainsi participer à sa vulgarisation. Comme le rappelle Flavien : « Difficile de concilier un blog où vous exprimez franchement votre avis sur divers sujets et un statut qui au contraire vous demande d’être neutre ».
Je ne reviendrais pas sur cet excellent billet, il existe tout un tas de bonnes raisons de pouvoir dire : je veux bloguer anonymement. Je vous invite également à vous procurer ce guide pour bloguer anonymement de Global Voice.
La véritable problématique vient du fait de cette notion anonyme = diffamation. On dirait que chez ce sénateur, on ne se cache sous couvert d’anonymat uniquement pour diffamer, ce qui est complétement faux comme nous avons pu le voir.
Du côté de chez Numérama, j’ai trouvé cette citation :
« Quand on se couvre derrière l’anonymat d’internet pour tenir des propos diffamatoires, injurieux ou délibérément malveillants, de même que lorsqu’on le fait par écrit par l’intermédiaire d’une lettre, d’un tract ou d’un journal, on doit assumer ses responsabilités vis à vis de la justice« .
On se pose alors une question : pourquoi notre cher sénateur associe t il forcément anonymat et acte malveillant ? Parce que donner la parole au peuple a toujours été dangereux, et les abrutir au travers de la télévision, les forçant à absorber une information fausse est plus facile ?
Le cas de TF1 diffusant des images fausses concernant Hadopi est une preuve flagrante de la relation malsaine qu’entretien le gouvernement avec des médias. De même le fameux rapport défendant Hadopi ou Lopsi diffusé par un pseudo journal de gauche nommé Libération. Existe t il encore un média qui n’a pas baissé son pantalon ?Difficile de le dire. En tout cas, le web dérange, car c’est une expression de la libre expression des non pensants, où chaque personne peut donner son avis, exprimer un point de vue, analyser une situation, et c’est ce qui en fait sa beauté.
Aujourd’hui, on s’en prend aux blogs, et pourtant, le web recèle de bien des moyens de s’exprimer, anonymement, Twitter ou Facebook par exemple. Alors pourquoi les blogs ?
On peut même pousser le débat au delà du web. Comme le rappelle Fred, de chez Fred Zone, la litterature est pleine de ces artistes qui ont choisi un jour ou l’autre, de se cacher sous un pseudonyme. Comme George Sand, qui s’appelait, en gros, Aurore Dupin. Bien qu’elle eut probablement le plus joli nom de famille du monde, elle a choisit de se masculaniser. Pour diffamer ? Pas vraiment.
On peut aller jusqu’aux témoins anonymes des émission aux ras des égouts qui viennent parler de leurs situations, de leurs patrons ou de leurs vies ? Ne tiennent ils pas eux aussi des propos diffamant dans le sens où il n’y a aucun moyen de vérifier le fondement de leurs déclarations ? Et que dire des faux témoignages sur TF1 ?
Bref, d’une part Mr Masson ne comprend pas le besoin des internautes de s’exprimer sans pour autant vouloir forcément que cela leur colle à la peau, et de l’autre, je ne comprend pas pourquoi Mr Masson ne s’attaque qu’aux Blogs, et pas aux médias sociaux, qui expriment une opinion, mais également à la télévision et ses témoins couverts, à la presse et ces « selon des sources proches du dossier » ou encore à la radio et ses « Norbert, nous l’appelerons ainsi ».
Tout média a une propension à relayer la diffamation. Mais, ce n’est pas la nature du média que se trouve le problème, c’est dans les gênes de l’homme d’attaquer son prochain par des procédés fallacieux. De tout temps, les rumeurs, les ragots ont été au coeur de dispositifs de déstabilisation. Du corbeau de nos campagnes à l’internaute de nos villes, rien n’empêchera quelqu’une de diffamer. Si les médias traditionnels sont sous la coupe, pour une grosse partie, de notre gouvernement, il n’en demeure pas moins qu’un espace de liberté populaire est plutôt une bonne chose. Quand on voit déjà la place de la France dans la liberté de la presse, on se dit que de telles manipulations, ou intimidations, pourraient bien nous rapprocher de nos amis Chinois au classement de la liberté d’expression. Merci Monsieur Masson !
2 – Que faut t il faire quand on vous attaque
Ce point là est la dernière question posée par le journaliste, et que je n’avais pas vu venir et que donc j’ai dit n’importe quoi. Alors ce qu’il faut faire lorsqu’un gentil électeur diffame un politicien (oui parce qu’un politicien qui discrimine un politicien, on appelle cela de la politique), et ce sous couvert d’anonymat? Plusieurs réponses peuvent être données :
Il y a d’abord la loi. « L’injure et la diffamation publique se définissent comme des délits de presse, soumis au régime de la loi sur la Liberté de la presse du 29 juillet 1881. » Comme ça c’est dit, si vous vous faites diffamer, vous avez la loi avec vous. Pour plus d’informations sur la loi, c’est ici.
Après, il y a l’anonymat de la personne. Sachez que l’anonymat n’existe pas sur Internet.
Soyez Courtois => D’abord, contactez la personne pour lui demander de retirer l’article, gentiellement dans un premier temps, puis faites appel à votre droit. Sur internet, la courtoisie règle souvent bien des problèmes. En ayant une bonne attitude, vous montrerez que vous n’êtes pas si méchant. Si ce dernier ne veut rien savoir, vous aurez deux choix :
ou Soyez engageant => répondez dans les commentaires que ses propos sont diffamant et amener la preuve par a + b et soyez à l’écoute. Si il détruit votre commentaire passez à l’étape suivante.
ou / et Soyez mordant => si le blog est hebergé sur une plateforme type Typepad, Overblog, Google, envoyez un mail pour demander des informations sur le blogueur et demandez une fermeture du blog au motif de propos diffamant allant à l’encontre de la loi, et apportez la preuve. Si le blog n’est pas hebergé sur une plateforme, vous pourrez utiliser le whois pour avoir le nom de la personne propriétaire du nom de domaine. Après, c’est case gendarmerie avec ou sans le nom de la personne.
Donc déjà il y a ça. La loi est de votre côté, donc pas la peine de demander l’identité de tout le monde sur le web pour des clopinettes qui existent déjà.
Ce qui est très très drôle, c’est que les politiciens sont les premiers à ne pas hésiter à se diffamer entre eux. Il est vrai que c’est plus facile de porter des propos plutôt lourds quand on est soit même un élu, puisque cela fait parti du jeu, comme nous le montre l’affaire Hidalgo contre Pécresse (oui je regarde beaucoup des séries avec des avocats). Quand on subit de telles attaques, il faut aussi savoir s’en servir, car les médias sociaux sont exactement le lieu où un élu peut discuter avec ses électeurs. Si ces derniers portent des jugements, c’est qu’ils ont des raisons. On attaque pas quelqu’un gratuitement, notamment en politique. C’est parce qu’ils expriment un mécontentement. Autant en profiter pour engager le dialogue, répondre à des questions, et améliorer son image.
Donc, pour résumé, dans un premier cas, vous aurez la loi de votre côté, et dans un second, cela vous permettra de renverser la tendance. Quand quelqu’un n’est pas content, on lui demande pas de se taire pour se faire apprécier (ou alors vos amis sont étranges). On l’écoute, on discute, on s’adapte. Les blogs sont un excellent moyen de comprendre les points de vue des électeurs et de leur répondre !
Jean- Louis Masson pendant sa campagne ?
=> blague, je diffame pas ho hein
Conclusion
Il est marrant de voir l’Etat proposer d’un côté tout un ensemble de réflexions sur le droit à l’oubli mais complétement passer à côté d’une des solutions, l’anonymat, et vouloir la combattre. Car l’anonymat permet justement le droit à l’oubli. Je n’ose imaginer les lolita398 ou les gossebeau409 de chez SkyBlog devoir mettre leurs noms et prénoms pour dans 10 ans se faire alpaguer lors de leur entretien : « ah bah je vois que gossebeau409 était votre pseudonyme, et que vous aimiez les poufs … bravo, bienvenue chez Chaise 2000″ … que de rêves brisés. Maintenant, l’anonymat n’est pas la solution, mais elle ne devrait pas être interdite. Lorsque Masson nous dit qu’il veut éduquer les internautes, je rigole beaucoup. Je voudrais voir comment il éduque ses gamins (si il en a). L’éducation ne passe pas par forcer une personne à faire quelque chose, ça c’est l’abrutir. Eduquer, c’est expliquer les mécanismes liés à un phénomène, comme expliquer la loi sur la diffamation et les risques encourus par exemple.
Surtout, ce qui est drôle, et là vraiment drôle, c’est que Jean-Louis Masson, a, selon l’Express , « a fait rédiger en 1983 un faux tract autodiffamant dont il a cherché à attribuer la paternité à Jean-Marie Rausch, avant que le pot aux roses ne soit découvert. ». En gros, sous couvert d’anonymat, il s’est lui même diffamé pour attaquer son adversaire aux élections … comment peut on prendre ce genre de type au sérieux? Et c’est là qu’on comprend toute cette boucherie. Non, ce type s’en fou complétement de la diffamation car il en a fait un fond de commerce. Non, il veut qu’on parle de lui.
Comment sénateur peut proposer des lois aussi abjectes dans un contexte de traces numériques de plus en plus handicapantes dans des perspectives d’emploi voir dans la vie privée? Comment un sénateur avec des méthodes aussi pourries peut t il oser parler de diffamation ? Comment un type comme Mr Masson peut t il représenter la France et les français avec un comportement proche du totalitarisme (identifier les opposants au régime) et une morale aussi basse ?
On se doute bien, au final, que tout ceci n’est qu’un coup d’éclat, et non un coup d’état. Pas besoin d’être Pery pour comprendre que Masson a besoin de se faire voir, de se faire mousser. Un bad buzz à la Ségo en gros, pour faire parler de soit. Quitte a être mal vu, tant que ça buzz, car maintenant, on sait tous qui est ce type.
Pour information, de nombreuses plateformes liées aux blogin ont lancé un appel pour la défense d’Internet parmi lesquels on retrouve :
Pierre Chappaz, Pdg Wikio
Jean-Baptiste Clot, Pdg Canalblog
Olivier Creiche, PDG d’EZ Embassy (distributeur du service TypePad)
Jean-François Julliard, secrétaire-général de Reporters sans frontières
Frédéric Montagnon, Pdg Over-blog
Tristan Nitot, Président, Mozilla Europe
Philippe Pinault, Pdg Blogspirit
Jeremie Zimmermann et Philippe Aigrain, La Quadrature du Net
Ces mêmes dénoncent et rappellent :
« Rappelons que la loi LCEN fait obligation aux hébergeurs de blogs de supprimer immédiatement les publications litigieuses sur simple demande, et de communiquer le cas échéant à la justice les coordonnées de l’auteur. »
Pour signer, c’est par ici : (vous noterez mon joli jeu de mot : soit franc, Masson … que je vais reprendre en fait en titre tellement je le trouve bon)
Bon et vous, vous en pensez quoi ?
Je rappelle ce que le parlement Européen a dit : « »Internet est essentiel pour l’exercice de la liberté d’expression et pour l’accès à la liberté d’information »
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http://www.yann-savidan.com yann
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Antoine
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Alain Dumont
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Antoine







