Interview Camille Alloing, Consultant

Publié par Antoine le fév 17, 2010 dans Dossier Special Emploi | View Comments

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La notion de réputation liée à la recherche d’emplois a toujours existé

Présentation

S-approprier_le_concept

Camille Alloing, actuellement consultant en gestion de la réputation en ligne pour les organisations (veille d’opinion, social media marketing), je suis aussi l’auteur d’un blog dédié à la question : http://caddereputation.over-blog.com . Sur ce blog je propose des outils, des méthodologies, des cas ou encore des réflexions collectives sur le sujet de l’e-réputation.

Interview

  • Bonjour Camille, tu es spécialiste de l’identité numérique. Peux-tu nous expliquer ce concept?

De manière pragmatique, l’identité numérique peut être vue comme l’ensemble des données, des informations concernant un individu, et qui sont visibles ou accessibles sur Internet. Photos, nom de famille, adresse, âge, marque de voiture préférée, vos amis, etc. Bref, ce qui forme votre identité, ce qui permet en quelque sorte de vous distinguer, de vous reconnaître de manière formelle. Mais aussi, et là est le sujet de cette interview, de vous juger et de mesurer votre expertise (dans le cas d’une recherche d’emploi par exemple).

D’un point de vue plus « conceptuel » votre identité numérique est l’image que vous projetez de vous sur le web. Comme dans la « vraie vie », vous pouvez vous mettre en scène, façonner certains aspects de cette identité, mettre en avant (ou cacher) certaines parties de votre personnalité. Les technologies UGC (ou plus communément le « web 2.0 ») étant un moyen simple et efficace de production et de diffusion de contenus, votre identité numérique est donc majoritairement liée à ce que vous diffusez vous-même sur le web, aux discours que vous laissez transparaître.

Et comme dans la vie réelle, vous avez une réputation… Cette réputation web (e-réputation ou « marque personnelle ») peut être vue comme une équation : la visibilité des informations constituant votre identité numérique sur les moteurs de recherches + l’opinion que les autres internautes ont de ces informations (ce qu’ils en disent, voir les informations qu’ils diffusent aussi sur vous). C’est donc par l’interprétation qui est faite des informations que vous diffusez (ou qui sont diffusées à votre propos) sur le web que née votre e-réputation.

  • Penses-tu que l’e-reputation, dans des logiques liées à l’emploi, sera l’un des thèmes majeurs des prochaines années? Si oui, pourquoi?

La notion de réputation liée à la recherche d’emplois a toujours existé. Mais contrairement à il y a une dizaine d’années, un recruteur n’est plus cantonné à votre CV pour juger de votre réputation. Il peut de lui-même allez vérifier si ce que vous dites sur vous est vrai, si vous n’essayez pas de cacher certaines choses, ou encore si vous êtes réellement une référence dans votre domaine.

Là où plusieurs coups de téléphones étaient avant nécessaire pour valider les compétences d’une personne, quelques clics peuvent actuellement suffire. Donc oui, je pense que la gestion de son identité numérique, avec pour objectif d’optimiser au mieux sa présence et in fine sa réputation sur le web, sera l’un des thèmes majeurs des prochaines années.

La médiatisation rapide que permet le web est une réelle opportunité pour un demandeur d’emploi. Lors d’un entretien d’embauche, on dispose d’un temps limité pour exposer ses arguments et démontrer ses compétences. De même pour un CV, qui ne permet de proposer qu’un volume réduit d’informations. Le web vient abolir ces restrictions de temps et de volume de contenu : sur la toile, vous pouvez diffuser un nombre considérable (voir illimité ?) d’informations, influencer le recruteur avant de le rencontrer (dans l’hypothèse, bien entendu, où il vous a « Googelisé » avant)…

En résumé, l’opportunité de se mettre en valeur, et parfois le risque de ne pas l’être du tout !

  • Aujourd’hui, d’après une étude de chez Microsoft : “43% des internautes sélectionnent le contenu qu’ils mettent en ligne, 37% vérifient les paramètres de publication des outils sociaux qu’ils utilisent”. Il s’agit là de chiffres mondiaux. Penses-tu que l’internaute Français soit vraiment au fait des choses sur les risques liés à son e-reputation?

Alors je ne peux pas répondre de manière générique et fiable à cette question, n’ayant pas moi-même lu ou réalisé d’études à ce sujet :-)

Ce que je constate par contre, c’est qu’à l’heure actuelle le phénomène web 2.0/réputation/recrutement est de plus en plus médiatisé. Que ce soit au travers des blogs spécialisés sur le sujet, par des journalistes dans les médias mainstream, ou encore par les professionnels du métier, on voit fleurir de plus en plus d’articles concernant les risques liés à l’e-réputation. Et d’ailleurs, bien trop souvent (voir quasiment tout le temps), on ne parle que des risques. Comme depuis des années dans les médias, il parait plus intéressant de se concentrer sur des épiphénomènes négatifs que sur des réussites ou des opportunités : « elle à perdu son emploi à cause d’une photo Facebook », « renvoyer car il a insulté ses clients sur Twitter », etc.

Pour aller plus loin, je lisais il y a quelques temps un article soulignant que 14% des DRH ont déjà vérifié les informations données par un candidat sur le web. Et le journaliste de conclure que maintenant, il fallait faire attention pour ne pas prendre de risques… Alors certes, mieux vos ne pas diffuser des photos ou discours compromettants, mais de là à conclure qu’il s’agit juste d’un risque ! Au contraire, et comme je l’ai dit pour la question précédente, si vos recruteurs vont voir ce qu’il se dit sur vous sur le web, alors autant profiter de cette opportunité pour aller y mettre du contenu positif et valorisant.

Tout ça pour dire que, au final, l’un des risques de cette sensibilisation par la peur est de ne pas aider à la compréhension d’un phénomène (en l’occurrence l’e-réputation), mais plutôt de provoquer une réaction de repli de la part des internautes, qui préféreront en mettre moins que plus, au risque de ne pas générer une réelle valeur ajoutée pour leur réputation numérique.

  • On parle souvent de droit à l’oubli, penses tu qu’il soit applicable sur le net. Peut-on réellement effacer toutes ses traces?

Merci pour cette question, tant les approches sur le sujet me font parfois sourire (voir peur)…

Tout d’abord le concept de « droit à l’oubli ». Comme j’aime à le répéter, pour bien comprendre les enjeux de la réputation ou de la gestion de l’identité sur le web, il parait intéressant de faire des analogies avec le hors-web.

Il y a 5 ans, vous étiez un peu ivre, vous avez dansé à moitié nu à la fête du village, le journaliste du quotidien local vous a pris en photo, et vous avez fait la 4eme page du journal de votre département (1 200 lecteurs)…

Qu’avez-vous fait ensuite ? Avez-vous demandez que l’on détruise l’ensemble des quotidiens vendus ? Etes vous allez chez chacun des abonnés pour leur demander de jeter le journal en question ? Je ne pense pas… Alors pourquoi vouloir faire de même avec Internet !

Je trouve que l’idée de droit à l’oubli est présentée comme une solution miracle venant remplacer le droit à la justification (le droit de réponse, que chacun peut exiger pour ce justifier ou s’expliquer dans un média), et surtout pour assumer ses actes. A partir du moment où il n’y a pas de diffamation (un tiers qui veut vous causer du tort), alors on peut supposer que c’est ne qu’en votre âme et conscience que vous avez diffusé certaines informations. La prise de conscience doit venir de chacun : vous publiez sur le web, vous êtes dans le domaine public. Comme certains personnages publics (hommes politiques, acteurs, etc.) vous avez choisi de vous médiatiser, ce que cela entraîne ensuite est difficilement contrôlable, mais il s’agit tout de même de votre propre responsabilité. Etant donné le peu de réactivité de certains réseaux sociaux pour effacer vos données (Facebook en tête), dites vous plutôt qu’il s’agit maintenant de rebondir au mieux sur l’existant, de l’embellir, le masquer au maximum, le justifier, etc.

Et comme pour l’histoire du journal, qui vous dit que, un jour ou l’autre, quelqu’un ne se souviendra pas de vous, cherchera sur Google (ou dans son PC) une photo qui vous a échappé et la republiera ?! Rien, alors autant commencer dès maintenant à gérer votre réputation numérique, et ne pas se déresponsabilisé en se disant « bon, au pire, je demande ensuite à ce qu’on efface la photo ou le commentaire »…

Pour conclure sur cette question, je dirais que d’un point de vue purement technique, on ne peut pas effacer totalement des informations sur le web. Par analogie, Internet est comme un court d’eau : un ensemble de flux où les informations circulent comme des poissons. Et a-t-on déjà réussi à noyer un poisson ? … :-)

  • L’e-réputation touche t elle tout le monde, tous les âges et tous les secteurs? Y a t il des niches plus exposées ? (on peut se poser la question pour un apprenti boucher)

Fondamentalement la réputation, ce que les autres disent et pensent de vous, touche tout le monde. Après, lorsque l’on parle d’e-réputation, et plus spécifiquement de gestion de l’identité numérique à visé de recrutement, l’impact selon les secteurs diffère.

Il est évident que si vous cherchez un emploi dans le web, la communication ou l’e-réputation, la façon dont vous gérez votre présence sur le web sera partie prenante de la décision de recrutement. Mais même si vous postulez pour un emploi qui n’est pas lié à Internet (par exemple comptable), le fait d’avoir du contenu positif ou négatif vous concernant sur le web peut être un facteur à prendre en compte. Tout dépend des réflexes du recruteur. Si celui-ci a été sensibilisé à la question de l’e-réputation, ou s’il est un internaute averti, alors effectivement il pourra avoir tendance à vous « Googeliser »…

Au niveau générationnel, je pense qu’il faut bien faire la différence entre :

  • Les générations de nos parents (à la louche, entre 40 et 65 ans) : ils n’ont pas de réelle présence sur le web, ils doivent la construire mais se sentent moins concernés. Un principe : la vie privée ne doit pas s’exposer à tous, et surtout être mélangée à la vie professionnelle.
  • Notre génération (entre 20 et 40 ans) : nous avons découvert le web au fur et à mesure de son développement, nous avons testé pas mal de choses (bonnes ou mauvaises) et sommes maintenant en plein dans notre période la plus active de recherches et de pérennisation de l’emploi. Développer et gérer au mieux notre présence sur le web est un enjeu important, dans le sens où pour la plupart nous avons pu prendre la mesure du développement rapide et exponentiel du web : ces risques et ses opportunités.
  • Les générations à venir sur le marché du travail : elles utilisent le web comme nous nous utilisions les Tatoos ou les téléphone portable. Ce n’est qu’un outil de communication de plus, où la vie privée n’est pas une notion abstraite mais à relativiser par rapport aux générations précédentes : tout le monde utilise Facebook, tout les copains et copines montrent des photos d’eux sur leur Skyblog (en même temps, si à leurs âges nous avions eu les mêmes possibilités…). Bref, il ne s’agit pas d’insouciance, mais plutôt je trouve d’une intégration totale de l’outil web dans le mode de communication. La suite est à venir…

Enfin, je dirais que oui, l’e-réputation touche tout le monde, dans le sens où en tant que collaborateur d’une entreprise, vous êtes son meilleur représentant. Que vous vendiez des saucissons ou des logiciels RH, certains de vos prospects ou clients pourraient, un jour ou l’autre, chercher des informations vous concernant avant une négociation ou une prospection. Si votre discours est trop extrême ou à l’encontre des valeurs de votre client, si certains anciens collègues ou fournisseurs vous critiquent, alors cela peut nuire directement à votre entreprise (ou à votre propre business si vous êtes indépendant). Et inversement bien sur, cela peut être un plus pour votre carrière !

  • Quels conseils donnerais-tu sur la maîtrise de son identité numérique? Quelles astuces donnerais tu à quelqu’un qui voudrait maîtriser son e-réputation et valoriser son capital compétence?

Tout d’abord, sur Internet on ne maîtrise ou ne contrôle rien : on gère des flux. La gestion de l’identité numérique passe donc par un processus continu.

En premier lieu, essayer de se mettre à la place d’un recruteur (ou d’un internaute) et se demander : si je cherche des informations sur moi, que vais je trouver ?! Pour cela il suffit de rechercher sur un moteur de recherches avec une requête du type : « robert dupont » OR « dupont robert ». Vous pourrez ainsi visualiser tout les résultats déjà présents et visibles sur votre nom. Ensuite il est possible de supprimer certains profils ou leur donner un plus haut niveau de confidentialité par exemple. Ne pas oublier aussi, si vous avez un pseudonyme (souvent pratique pour s’exprimer plus librement sur des sujets personnels), de bien vérifier si ce « pseudo » ne permet pas à un moment ou à un autre de faire le lien avec votre identité civile.

Ensuite, vous devez vous poser une autre question : quelles informations je veux rendre visibles, et quelles sont celles que je souhaite masquer au maximum ?! Les informations visibles devront s’inscrire dans votre objectif (notamment de recherche d’emplois), celles que vous souhaitez masquer (c’est à dire faire retirer si cela est possible, ou encore reléguer dans les dernières pages des moteurs) sont celles qui peuvent nuire à la bonne réussite de votre stratégie.

A partir de ce moment, vous avez tout un panel de possibilités :

  • si vous avez déjà une forte visibilité sur tout ce qui concerne vos compétences professionnelles, vos passions sportives ou artistiques, etc., alors il suffit d’optimiser et actualiser vos contenus ou vos différents profils sur les réseaux sociaux.
  • Si les résultats vous concernant sont négatifs, plusieurs possibilités s’offrent à vous. Supprimer les contenus sur lesquels vous avez la main (profils, blogs) est déjà un début. Mais n’oubliez pas que parfois le temps d’indexation des moteurs de recherches est long et que les effets ne peuvent être visibles que plusieurs semaines après. Si vous n’avez pas un accès direct au contenu, vous pouvez vous mettre en relation avec l’administrateur du site et engager un dialogue pour lui demander (poliment) la suppression des informations. Comme dit précédemment, le droit de réponse est une obligation légale (un recours judiciaire est possible), vous pouvez donc faire votre mea-culpa ou justifier certains de vos propos. Enfin, autre possibilité, produire un maximum de contenu afin de masquer les résultats négatifs. En espérant ne pas être présent de manière négative sur trop de sources, et surtout des sources très médiatisées. Le mieux étant, comme nous le verrons ensuite, d’activer fortement votre réseau (à constituer donc) pour relayer des informations positives.
  • Si vous n’êtes pas du tout présent sur le web et que vous souhaitez l’être, alors il vous faut produire du contenu venant démontrer votre connaissance d’un domaine et mettre en quelque sorte en scène votre identité.

La production du contenu peut se faire sur un blog, un forum dans lequel vous intervenez souvent, grâce à des CV en ligne (Do You Buzz, Viadeo, LinkedIN, etc.), un compte Twitter, si vous êtes étudiant certains de vos travaux sur SlideShare, etc. Le tout est de réussir à cerner les outils avec lesquels vous êtes le plus à l’aise, le type de contenu que vous souhaitez mettre en avant (niveau d’expertise et de spécialisation, originalité et formalisme, etc.), le temps que vous pouvez et voulez y consacrer… Le fil directeur étant : comment valoriser et démontrer au mieux mes connaissances ?

Ensuite, le web 2.0 a renforcé la constitution de communautés d’internautes, échangeant de plus en plus facilement et massivement des informations autours de thématiques ou d’affinités communes. Et pour qu’une expertise professionnelle soit réelle il faut qu’elle soit reconnue par d’autres connaisseurs du métier. Repérer les communautés qui vous intéresses, dialoguer avec les internautes qui les animent et participer à des réflexions ou des projets communs (Twitter, FriendFeed ou les forums sont des outils parfait pour ça) peut être un bon moyen de mettre en valeur vos connaissances sur un sujet précis. Et comme le disais un de mes professeurs d’économie (Guy Massé) : « le réseau c’est moi à la puissance nous »… Créez du contenu pertinent, partagez le avec les autres, et socialisez vous sur les réseaux !

En liens

Twitter : @caddereputation

Blog : http://caddereputation.over-blog.com/

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