Le journalisme de source, l’avenir de la presse en ligne?

Publié par Antoine le déc 21, 2009 dans Web 2 | View Comments

Un bon journaliste ne donne jamais ses sources. Cet adage pourrait bien passée ad hoc. Lorsque l’on regarde l’évolution de l’infofmation en ligne, c’est un constat assez singulier qui se dresse devant nous: le web est en mutation.

Mutation des usages, une information en temps réelle accessible et partageable par tout un chacun. Mutation des mentalités, on commence par avoir du recul par rapport à un fait commenté.

Le monde entier est une potentielle source d’information, mais où se cache le vrai, quel fake se dissimule sous nos yeux en étendard de la vérité ?

Lors du e-book destiné à Twitter, j’avais déjà fait ce constat. Les internautes diffusent et consomment de l’information, les grands médias la confirme, la confronte. Aujourd’hui plus que jamais, le publique a ce besoin d’avoir l’aval des grands médias pour consommer une news, comme un homme a besoin d’un spécialiste pour se préparer une fricassée de champignons.

Le journalisme de source consiste à mettre en relation les consommateurs d’information instantanée avec des relais officialisés, vérifiés. La rapidité est le leitmotiv de notre nouveau monde, les internautes ne peuvent plus attendre une à deux heures pour se voir confirmer telle ou telle news.

La mutation doit aussi passer par l’appréhension des nouveaux outils par les journalistes.

Le journalisme, un monde qui se cherche sur le web

Journalisme. Journalisme Citoyen. Journalistes de demain?

D’après Wikipédia :

- “Le journalisme est l’activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des faits pour les porter à l’attention du public à travers les médias.“

Le journalisme citoyen peut être défini comme l’action de citoyens « jouant un rôle actif dans les processus de récupération, reportage, analyse et dissémination de l’actualité et de l’information »

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Nous sommes tous de potentiels journalistes. Nous avons tous à un moment ou un autre la possibilité d’être à un moment clé, de prendre des photos d’un événement et de le retranscrire. La technologie nous a donné des instruments, le web une tribune.

Seulement voilà, à la différence des vrais journalistes, si nous sommes capable d’analyser certains faits, si nous sommes capable de prendre des photos ou des videos sur un instant donné, nous ne sommes pas capable, ou dans une moindre mesure, de rassembler ou de vérifier des informations (voir les cas de l’Iran, de Mumbai..).

Le journalisme est un monde qui se cherche sur la toile. Il n’y a qu’a voir le New York Times et ses différentes solutions médias pour comprendre que nous sommes encore dans l’aire de l’experimentation.

Hors lorsque l’on voit la mutation des comportements, une valeur forte emmerge, celle de la suspicion. L’information sur le web n’est plus une valeur sure. Les journalistes commencent peut à peut à comprendre l’importance qu’ils représentent, ils sont le tampon officiel, le certificat.

Je reprendrais une phrase de Benoît Raphaël :

“Le problème, c’est que les journalistes traditionnels ne sont pas habitués au « fast checking » sur Internet (vérification rapide de l’information). Nombre d’entre eux sont encore un peu perdus face au web.»

On se souvient de l’importance des chaînes d’informations lors de grands conflits. Rappelez vous, CNN, la pluie d’obus dans un ciel verdâtre (vision nigh shot) lors de la première guerre du golf, ces images terribles que seuls les grands médias pouvaient nous ramener.

En 2008, les attentats de Mumbai commençaient déjà à changer la donne. Les téléphones portables avaient prit le pas sur les caméras épaules des reporters. On n’est plus dans l’après, mais dans le dedans. La technologie a donné la chance à tous de devenir un reporter dans le moment donné de l’action,  là où le journalisme, dans de nombreux cas, portait soit sur l’après, soit sur l’extérieur.

CNN disait justement, à propos de Mumbai :

« le jour où les médias sociaux sont apparus comme mûrs »

Maintenant, il ne restait plus qu’un moyen de diffusion. Plusieurs médias sociaux entrent en jeux. Flickr pour des photos, Youtube pour des vidéos, Blogs pour les longs comptes rendus,  twitter pour relier le tout et témoigner.

Lorsque l’on regarde les trending topics de Twitter 2009, on voit bien que l’on est plus dans l’information que dans le “blabla”. Les grandes causes et les grands événements rassemblent :

1. #iranelection => elections iranniennes
2. Swine Flu =>grippe A
3. Gaza => Intervention dans la bande de Gaza
4. Iran => Encore les éléctions iraniennes
5. Tehran => Pareil

Dès lors, le journalisme de source prend tout son sens car il répond à un besoin fort.

Le journalisme de source

Comme disait le célèbre adage : “la liberté des uns s’arrète là où commence celle des autres”. Si le citoyen lambda peut diffuser toute information, le despote à son tour peut diffuser toute désinformation.

iran+election+violence

Qui peut dire où et quand cette photo a été prise? Vous? Moi?

Comme expliqué dans le guide twitter, concernant les attentats de Mumbai :

“un tweet avait été relayé par des centaines de gens, qui disait que les autorités indiennes avaient demandé aux blogueurs de stopper de poster des informations, au risque d’aider les terroristes. Il a été avéré que l’auteur de cette précieuse news était un jeune … américain.”

Source : twitter, tirer le meilleur parti

Le cas de l’Iran a plus que jamais confirmer qu’une information pouvait être biaisée. Soit par esprit de désinformation (pouvoir en place, parties concernées), soit par simple bêtise (farce, test grandeur nature).

Les grands médias ont un rôle fort à jouer dans la confirmation de l’information. Un sondage INES SOFRES de Janvier 2009 nous apportait ces informations (source le figaro) :

La radio est considérée comme le média le plus fiable à 58%
La presse écrite arrive en deuxième avec 56%
La télévision partage les gens.

Enfin, voici l’évolution de la crédibilité du web :

Image 67

De plus en plus d’outils sur le web permettent aux journalistes de répondre de manière quasi instantanée à un événement et de créer des listes de sources. Quand on voit la méfiance des utilisateurs par rapport aux journalistes, et on peut les comprendre pour une partie, ici, dans le journalisme de source, point de remise en cause de la crédibilité, dans la mesure où il ne s’agit que de la confirmation de données, l’interprétation qui laisse tant de gens perplexes,  pouvant se reporter sur la source que sur l’information.

En quelques mots : retranscrire une information, la rassembler la conforter et analyser la source.

Comme je l’écrivais :

“En terme de veille, Twitter, c’est l’information en temps réel, un outil important qui joue sur plusieurs tableaux :

  • les breaking news ( information de dernière minute), comme ce fut le cas pour les attentats de Bombay ou encore l’incroyable histoire de l’avion se posant sur l’Hudson… plus fort que l’AFP ou Reuters !
  • le crowdsourcing (littéralement « sources par la foule ») où le journaliste va lui même lancer un appel à témoin, comme ce fut le cas pour France 24 qui, lors de la fusillade de Winnenden, trouva un témoin sur place en moins d’une heure.

Le web est en train de murrir. Les gens commencent à savoir où ils peuvent puiser la vérité. Les journalistes doivent lancer des fils d’ariane afin de les guider.

Si il y a quelque temps encore, tout le monde se précipitait sur la moindre info, aujourd’hui on voit une vraie évolution tendant sur la prudence. La mort de Michael Jackson en est la preuve flagrante.

  • L’info est d’abord tombée sur Twitter. Un média, que certains avaient jugés douteux, lançant la rumeur, les gens sur le réseau qui gazouille attendants qu’un grand média viennent conforter la news et poom, la déception quand ces derniers viennent la confirmer.

Image 68

La nouvelle donne est venue du New York Times qui a trouvé enfin une utilisation intelligente aux listes twitter. Le massacre de Fort Hood aux US a donnsé lieu à de nombreux twitt et un hashtag, #FTHood (voir cet article du Post)(Le Post a qui j’ai volé cette image mais ils me pardonneront)

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Evidemment, dans la masse d’information que peut générer un tel drame, pas facile de savoir si telle ou telle source est crédible.

C’est alors que le journalisme de source prend tout son sens. Si pour l’heure, les grands médias, sur le web, ne servaient qu’a infirmer ou confirmer une news, cette nouvelle pratique permet de créer un véritable travail en profondeur en proposant des sources identifiées comme bonnes. En gros, maintenant on dit au revoir à l’adage. Vous comprenez l’intérêt?

Conclusion

Le journalisme de source propose une piste sur l’avenir de la presse en ligne. Au delà de certifié la teneur de certains événements, les journaux en ligne peuvent dorénavant appuyer l’info en crédibilisant des sources et en proposant un vrai travail en profondeur.

Car le journaliste commence de plus en plus à appréhender les nouveaux outils,  et il sera à même d’apporter un complément dans l’ère du temps. La rapidité de l’information doit être suivit par sa rapidité à se certifier.

Qui se cache derrière tel ou tel pseudonyme? Telle information est t elle crédible?

Que peut nous apporter le journalisme de source dans un futur proche?

  • Des listes d’individus, de blogs de comptes à suivre
  • Un mur Twitter dédié aux événements, avec des sources sures en avant
  • Un mur des rumeurs, avec possibilité de les démonter (et pourquoi pas nommer la source) ou de les affirmer.

Le journalisme est l’activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des faits pour les porter à l’attention du public à travers les médias, comme wikipedia le définissait.  Le journalisme de source serait alors l’activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des sources pour les porter à l’attention du public à travers les médias

Le journaliste de demain sera donc une sorte de sourcier. Un individu scrutant la terre avec un outil adapté pour dénicher de bonnes sources.

Après, ce n’est qu’un avis. Mais je reste persuader que nous verrons une sorte de sourcing emergé. Vous en pensez quoi?

  • http://caddereputation.over-blog.com/ Camille A

    Bonjour,

    Très bon article, merci.

    C’est amusant mais cet déscritpion du journaliste « du futur » :-) me fait plus penser à un veilleur ou à un spécialiste de l’intelligence économique. L’identification, la qualification, etc, de sources (sur le web et humaine) sont en effet corrélées au métier de journaliste et de veilleur.
    Mais apparemment certains sont allés plus vite que d’autres dans la maîtrise des outils !

    C’est pour cela d’ailleurs que ce passage me fait tiquer : « Seulement voilà, à la différence des vrais journalistes, (…) nous ne sommes pas capable, ou dans une moindre mesure, de rassembler ou de vérifier des informations (voir les cas de l’Iran, de Mumbai..). »

    Je ne suis pas d’accord. Nous parlons ici de gestion de l’information, d’outils web, de méthodologies d’analyse qui ne sont pas seulement réservées aux journalistes, qui plus est lorsque l’on parle de web (et que l’on voit certaines erreurs monumentales de certains journalistes).

    Et une question que je me poses du coup est : le défi d’avenir pour le journalisme sur le web n’est-il pas justement de savoir prendre du recul, et analyser un événement avec toutes les cartes en main (sortir du temps réel pour le temps « vrai » en quelque sorte) ?!

    Merci pour ces réflexions du lundi :-)

  • http://owni.fr/2009/12/21/arditi-et-la-tirade-danti-net/ Arditi et la tirade d’anti net | Owni.fr

    [...] monde sait que sa survie et sa notoriété dépendent en grande partie de son adaptation à ce nouveau [...]

  • Kris_card

    Un article très Intéressant…je pense que twitter sera une des grandes sources du Journaliste de demain…

  • B. Majour

    « C’est pour cela d’ailleurs que ce passage me fait tiquer : “Seulement voilà, à la différence des vrais journalistes, (…) nous ne sommes pas capable, ou dans une moindre mesure, de rassembler ou de vérifier des informations (voir les cas de l’Iran, de Mumbai..).” »

    Je suis dans le même cas que Camille A, je tique.
    Je tique aussi sur le mot « vrais ».

    Quand on lit, quand on voit les mêmes informations (qui tournent en boucle) à la télévision, on se demande « où » est la vérification, « où » est la recherche d’informations, « où » est le rassemblement d’informations.

    Parce que là, j’ai quand même l’impression que les vrais journalistes ce sont ceux qui apportent de l’information, de nouvelles images, de nouvelles données.
    Pas ceux qui se contentent des dépêches de l’AFP, ou qui achètent l’unique reportage (d’un collègue autochtone) diffusé à travers le monde entier (avec des interprétations bien différentes suivant les pays, et même des coupures dans le reportage qui en changent le sens !)

    Eh oui, la concurrence des milliers de petits reporters dévoile au grand jour la supercherie qui s’est installée depuis longtemps : une info sans intérêt, remâchée, rabâchée à tour de bras… lénifiante.

    Perso, je n’accorde pas beaucoup de crédibilité aux infos sur Internet, mais aucune à la télévision (qui nous montre toujours l’arabe comme un dangereux terroriste, ou comme un délinquant notoire, exclusivement banlieusard casseur, et le noir toujours dans sa case à cultiver, si ce n’est le coton, au moins du millet… c’est vrai qu’en Afrique, en Arabie, ils n’ont pas d’universitaires, ni de savants, ni de chercheurs, ni de gens comme vous et moi !), et vraiment très peu de crédit à la presse écrite.

    Sur Internet, je peux croiser les informations.
    Pas sur les autres supports, pas facilement. (ou pas sans bourse délier)

    Comme vous le dites, croiser ses sources, c’est fondamental pour vérifier l’information.
    Mais un journaliste ne dévoile jamais ses sources (sources qui sont, au mieux, anonymes)
    Alors… grosse question : où est le « vrai » journalisme ?
    Où est le journalisme de fond ? Celui qui fait réfléchir, celui qui assemble, confronte, démêle l’information de la désinformation ?

    Ah oui, c’est vrai, il n’existe plus car pas assez rentable.

    Le gros problème, sur Internet et même ailleurs, c’est que le « client » veut toujours du neuf, du nouveau, de plus en plus vite. Et la règle monétaire veut qu’on s’adapte au client… sauf que le client est volage. D’ailleurs, Twitter lui correspond bien : vite lu, vite vu, vite oublié.

    C’est comme les journaux. Rien pour accrocher.

    A ce niveau, les journaux ou la foule, c’est du pareil au même.
    Et si les journaux peuvent être censurés par le pouvoir (financier, politique, ou même publicitaire), pas la foule.
    Donc, la foule est plus crédible dans sa diversité que les journalistes dépendants !

    Bilan : quel est exactement leur intérêt, leur valeur sur la scène de l’information ?

    Pour votre conclusion, je ne sais pas si on parle vraiment d’un journaliste, ou plutôt d’un veilleur d’information. Car pourquoi aller lire le « journaliste de source » plutôt que la source elle-même ?
    Et, qui est le mieux placé pour se créer son propre mur de rumeur, son propre mur Twitter que le lecteur ?

    « collecter, rassembler, vérifier » sont des parts invisibles au public
    « et commenter des faits pour les porter à l’attention du public à travers les médias », c’est la part visible de l’iceberg. Celle où le bon journaliste apparaît, dans ce qu’il a su collecter, rassembler et vérifier. (soit : dans son expertise)

    Je ne sais pas si le journaliste ira offrir aussi facilement ce qui le nourrit.
    Sauf à monétiser son travail par de la publicité.
    Ce qui le rend dépendant.
    Et la boucle est bouclée. :-)

    En tout cas, un chouette article.

    Bien cordialement
    Bernard Majour

  • http://desgeeksetdeslettres.com/blog/ Des Geeks et des lettres

    Le journalisme sur internet, c’est bien tant qu’internet reste ouvert et qu’il n’est pas bridé par les opérateurs ou les politiques (cf. mon article http://bit.ly/5VS7gq)

  • farigoule

    Le journalisme de source c’est tout bonnement… de la documentation… Tous les grands journaux avaient des docs ultra performantes qu’ils ont détruites pour réinventer l’eau chaude…

  • http://www.mes-sources.com Cyril Deblois

    Merci pour ce billet assez exhaustif
    Assez d’accord pour l’accès à l’information à « deux vitesses ». Par contre à mon avis ce n’est pas une question d’exclusivité des sources mais de traitement
    Les moyens de diffusion massifs et en temps réel de l’hyper-information sont naissants : Twitter ne concerne qu’une part faible de la population, l’usage des photophone ou videophone n’est pas encore rentré dans les usages habituels de la majorité de la population, le geo-tagging est lui-aussi naissant, le broadcasting individuel en temps réel est encore limité par la bande passante des réseaux téléphonique, etc…

    Des outils prendrons soin de l’immensité du bruit à traiter

    Restera la certification des sources et la mise en perspective, l’écriture, l’analyse… encore de belles années pour les « vrais » journalistes (pas au sens « détenteur de la Carte de Presse » !)

  • http://antoine-dupin.com/leblog/comprendre-la-revolution-tunisienne-et-limpact-du-numerique/ Comprendre la révolution Tunisienne et l’impact du numérique | Le blog d'Antoine Dupin

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    [...] Note : Je suis fortement attaché à la notion de Journalisme de Source, que j’évoquais dans mes billets précédents. [...]

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